Acrylique, encre, pastel, collage, photo

IL Y A SUREMENT QUELQUE CHOSE DE VRAI DANS TOUT CA...

 

A l'âge de 7 ans, j'avais déjà eu le culot de racketter mes parents, en leur faisant payer un droit d'entrée à mes projections d'images. Il s'agissait de dessins pour enfants imprimés sur un support transparent et trouvés dans les boites de chocolat en poudre "Banania", dont je faisais grosse consommation à cette seule fin. Mon projecteur, en carton bouilli, gagné lui aussi grâce à mon obstination et à l'accumulation de points de fidélité, n'avait de sens qu'une fois déplié et que ma lampe de poche eut été mise en contact avec la médiocre pastille en plastique qui faisait office d'objectif. Ces projections privées étaient donc très lucratives pour le projectionniste professionnel qui naissait en moi. Mes parents semblaient alors très fiers et émus que leur rejeton fût si précocement capable de projeter des images sur le mur de sa chambre tout en gagnant déjà sa vie, d'une façon assez peu orthodoxe certes, et quoique les images fussent complètement floues. Voire, illisibles. Pourtant l'avenir indiqua, hélas, que je n'étais pas venu au monde avec la mission céleste de concurrencer la Gaumont ou Pathé cinéma.

 

A l'âge de 17 ans, me revinrent en mémoire ces débuts très prometteurs et je décidai que ma vie serait faite de voyages et de photographie. Je pris alors la première grande décision de ma vie : je décidai de perfectionner mon anglais et investis dans la méthode Assimil.

 

A 27 ans, j'avais un peu bourlingué et à ce moment de ma vie de photographe débutant je m'étais déjà appliqué à rater pas mal de photos. Mais le jour anniversaire, je ne me souviens pas qu'il se soit passé quelque chose de spécial. (Il faut bien relancer l'intrigue...).

 

A 37, patatras! Un héritier arrive. Il reste unique, dans tous les sens du terme. Je monte donc d'une marche en direction du Grand Architecte et sors de mon état d'apesanteur. Finie la vie nourrie d'insouciance qui me fait entrer par la porte et sortir par la fenêtre. Car il est toujours sage de prévoir qu'il faudra bien un jour satisfaire à la curiosité impertinente, quoique légitime, de l'enfant : "- Il est où, papa?... -Il travaille, mon chéri". Ainsi se créent à la file trois sociétés (histoire de rattraper le retard), toutes liées à la photo, la communication et le voyage. Dans cette transe créative, la vie a été bienveillante à mon égard en me faisant rencontrer d'exceptionnel(le)s associé(e)s.

 

Et voilà que vingt années encore passent en un clin d'oeil, dans la bonne humeur; mais également dans l'anxiété des cycles économiques aléatoires insondables et capricieux, propre aux créateurs d'entreprises.

 

Les 47 furent arrosés d'une biture grave avec maux de tête façon Tambours du Bronx. Je crois me souvenir que j'avais eu le coup de blues des "47 déclinants"...

 

57 ans est le douloureux moment de la perception implacable et sournoise des premiers signes d'obsolescence professionnelle, surtout chez l'homme, et c'est à cet instant précis que parfois, un salutaire sursaut de conscience invite à prendre la décision de laisser la place aux jeunes. Il faut quitter... et penser à l'avenir puisqu'à cet âge et si l'on en croit les statistiques, il reste encore au moins vingt ans à s'occuper.

 

L'année de mes 67 ans a été celle de l'un des deux plus grands chambardements de ma vie privée. Ma palette s'est assombrie mais je cois que mon écriture a gagné en sérénité. Quelques mois plus tard, l'aurore semble se lever à l'horizon.

 

Aujourd'hui, je poursuis mon cheminement dans le sud de la France à travers les arcanes de la création d'images, mais avec crayons et pinceaux. L'essentiel de mon matériel photo a trouvé sa place sur les étagères de mon musée perso, mais je garde encore un ou deux appareils à proximité de la main. Je suis toujours imprégné de ce bel héritage pictural que m'a apporté l'expérience photographique et que je revendique. Jusqu'à ce jour encore, je conserve un regard étonné sur le monde et je crois que ma peinture en porte le témoignage.

Mes anciens associés sont restés mes amis et je les vois toujours pour que nous ayons une raison d'ouvrir une bonne bouteille.

 

Ps: Il paraît que je décèderai à 77 ans. A moins que ce ne soit à 87... ou 97. Je ne sais plus trop ce que ce sage indien rencontré dans l'Himalaya m'avait prédit, mais je me souviens qu'il était question d'un 7.